Tous ces gestes que je répète
machinalement depuis un peu plus de 5 mois...et aujourd'hui je les
exécute pour la dernière fois : brancher le convertisseur 220/12V,
ouvrir la cartographie, sortir la télécommande du guindeau,
démarrer le moteur, gréer la drisse de grand-voile, remonter les 45
mètres de chaîne, lover et ranger le matériel d'orinage, hisser la
grand-voile, choquer la balancine, prendre la bastaque au vent,
border légèrement le hale-bas, dérouler le génois, régler le rail
d'écoute de grand-voile et la tension dans les écoutes de GV
et de génois...
Départ en trombe, un vent de Nord souffle à 15 nœuds,
Squatina est à la gîte, le Vin'c est aux anges...nous faisons un
cap parfait sur Port-Grimaud. La routine s'installe comme dans
chaque traversée...la nuit tombe...la dernière fois que j'allume
les feux de route, que j'enclenche le radar...je prends le premier
quart, le vent souffle toujours mais bascule au Nord-Ouest,
m'obligeant à suivre un cap de m.... . Il est presque 1h du mat
lorsque nous enroulons le génois et mettons le moteur, je pars me
coucher, Annelaure surveille à son tour...je reprends du service
vers 3h30, je déteste naviguer au moteur (ça, je crois l'avoir déjà
dit), je somnole à moitié. Le jour se lève, la dernière fois que
nous voyons apparaître, comme par magie, cette boule rouge qu'est
le soleil...le vent souffle à 6 nœuds, tant pis, on hisse les
voiles, même s'il me faut la journée pour regagner notre port
d'attache...la dernière fois que je traîne du fil de pêche, que je
remonte un bonitou, puis un autre, tous les deux approchent les 40
cm. Il est 11h00 lorsque nous entrons dans le golfe de St-Tropez,
pétole ! Pas question de rentrer au moteur, pas le dernier
jour...on mouille dans la baie de Canebiers...on se baigne dans une
mer belle et dont la température est encore largement agréable, on
vide nos poissons, on prend un bon déjeuner...le vent souffle à
nouveau dans la baie, il est temps d'y aller...un bord de largue et
nous affalons les voiles devant port-Grimaud...l'émotion s'empare
de moi, j'arrive tout juste à barrer Squatina jusqu'à sa place...la
dernière fois que je tends l'amarre au vent à Annelaure, puis
l'amarre sous le vent, puis je prends la pendille, puis...
J'ai de la buée dans les yeux, je ne peux plus prononcer le moindre
mot... « Jusqu'au bout » tu disais Noël, jusqu'au bout nous l'avons
fait !... « La boucle est quasi bouclée » vous disiez les Laté,
maintenant elle l'est !... « Abattre de ne veut pas dire tuer son
mari » tu disais l'Nicou, je suis encore là ...
Je serre dans mes bras mon épouse et mes enfants et je leur dit :
Bravo, et surtout...MERCI !!!